Une nouvelle révolution éclate en Roumanie

Arrivée à Bucarest, vendredi, des premiers sur des milliers ressortissants roumains venus se solidariser avec leurs compatriotes. Une première dans le pays, voire en Europe !

Roumanie – Le gouvernement roumain ne s’attendait pas à une telle mobilisation. Hier, des centaines de milliers d’opposants à la coalition au pouvoir ont défilé dans les rues et toutes les grandes villes du pays et naturellement dans la capitale où des violents heurts se sont déroulés. En début de soirée, le nombre de 452 blessés, dont certains très grièvement, était annoncé officiellement, mais selon les observateurs, cette donnée est sous-estimée. Trente cinq policiers ont été la cible de divers projectiles et ont dû être hospitalisés ou soignés en urgence sur place. Grâce au réseaux sociaux, les organisateurs  sont parvenus à mobiliser des dizaines de milliers de Roumains vivant à l’étranger et à faire, ainsi, de l’événement une véritable  manifestation internationale. Que des ressortissants roumains travaillant dans les pays limitrophes mais aussi à des milliers de kilomètres, aux Etats-Unis ou en Asie notamment, fassent la voyage pour se solidariser avec leurs compatriotes est une première mondiale. Cela prouve à quel point, les tenants du régime en fonction à Bucarest sont honnis,  au point de s’interroger s’ils n’auraient pas, hier, connu le même sort que le couple Ceaucescu, si la République des Carpates n’avait pas intégré l’Union Européenne. Pourquoi ont-ils sacrifié leurs économies pour faire ce retour inattendu au pays ? Parce que tous sont las de voir l’argent qu’ils gagnent à l’étranger et qu’ils rapatrient pour aider leur famille, tombe entre les mains de politiciens véreux, ouvertement corrompus. Des hommes et des femmes, souvent de paille à l’instar de la 1ère ministre, qui, insidieusement, ressuscitent les vieux démons du passé ; lesquels font qu’à ce jour la Roumanie est l’un des territoires les plus pauvres du continent alors qu’elle pourrait compter parmi ceux où on vit le mieux. Il est aberrant, inacceptable mais aussi décourageant pour tous ceux qui aspirent à une Europe plus juste et plus égalitaire, que ce pays se trouve dans une telle situation. Il est scandaleux que la Commission Européenne ne prenne pas conscience du désarroi d’un peuple qui n’arrive plus à comprendre ce qui lui arrive. A Bruxelles, on sait taper du poing sur la table lorsque les gouvernements polonais, tchèque ou hongrois remettent en cause les lois sur l’avortement ou la liberté de la presse et de la justice, mais on se contente de quelques rappels à l’ordre lorsque les dirigeants roumains humilient leur peuple en s’opposant perfidement à toute réforme susceptible de mettre fin à la corruption. Hier, naturellement, ces derniers ont riposté en déployant une armada de policiers munis de bombes lacrymogènes, de boucliers et de matraques. Pour justifier cette répression, la ministre de l’Intérieur, Carmen Dan, a invoqué, à l’instar de ce que proclament  tous ses homologues européens dans ce genre de circonstances,  la présence « d’éléments perturbateurs » au sein du cortège, qui risquaient de tout détruire sur leur passage. L’argument ne convainc dans un pays, où, au rythme où vont les choses, il n’y aura bientôt plus rien à détruire. La Roumanie qui pourrait être, grâce à son passé et à la diversité de sa culture,  un modèle en matière d’intégration et d’entente entre les peuples, tend à devenir un terrain d’expérimentation pour légitimer tout ce que les institutions européennes estiment illégal. Le président de la République, Klaus Johannis, a jugé excessive la riposte policière et a été, de fait, soupçonné d’avoir fomenté les troubles. Cette accusation prête à sourire lorsqu’elle est portée par une femme animée par la seule nostalgie de l’ancien régime soviétique. Hier, les policiers ne se sont pas ralliés aux manifestants. Ils ont été solidaires d’un gouvernement qui les a mis dans son camp en augmentant ostensiblement leurs salaires, quitte à creuser le déficit public et appauvrir la population. Grâce à l’Union Européenne, la 1ère ministre Viorica Dancila, a échappé au procès pour le moins expéditif, qu’avait connu le coupe Ceaucescu. Ce n’est peut-être pas seulement pour détourner les fonds européens à leur propre avantage que les dirigeants roumains se prétendent effrontément pro –européens, c’est aussi, assurément, pour protéger leur peau. (Source : ADZ / Synthèse : vjp)

A nos lecteurs: depuis sa création, en septembre 2015, www.pg5i.eu a publié de nombreux articles sur la Roumanie et ce, grâce à son partenariat avec le support indépendant de la langue allemande, Deutsche Allgemeine Zeitung (ADZ). L’ADZ est l’un des seuls titres à dénoncer les abus du régime en place et à commenter, avec objectivité, les décisions prises par la DNA, organisme de lutte contre la corruption.

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