Sécurité numérique : l’Allemagne fait bande à part

Allemagne/UE/USA – S’il est un domaine,  avec la protection de l’environnement et la crise migratoire, qui devrait impérativement faire l’objet d’une concertation européenne à l’écart de toute dissension politique, c’est bel et bien celui de la sécurité informatique. Est-ce la lenteur des prises de décision bruxelloises ? Est-ce le manque de confiance dans les technologies et recherches provenant de ses voisins ? Toujours est-il que l’Allemagne a décidé de mener le combat contre les « cyber-attaques » de manière isolée, mais en se rapprochant indirectement des Etats-Unis, inventeurs du Net et par conséquent incontournables pour lutter efficacement contre les « hackers ».

 

Ursula von der Leyen et Horst Seehofer

Les ministres de l’Intérieur, Horst Seehofer, et de la Défense, Ursula von der Leyen, ont présenté hier à Berlin leur projet de « Cyber-Agentur », une agence vouée à protéger les réseaux de télécommunication et de transmission des données ; lesquels selon les deux ministres présentent des « faiblesses quant à leur fiabilité sur le plan sécuritaire ». Cette formulation, destinée à justifier les deux cents millions d’euros, que le gouvernement s’apprête à investir, signifie ni plus, ni moins que les réseaux allemands sont défaillants, qu’ils ne répondent plus au risque de paralysie à grande échelle de toutes les structures de l’Etat et ce, au plus haut niveau, gouvernemental notamment. Les deux membres du gouvernement ont concédé que la tache n’allait pas être de tout repos et qu’il fallait s’attendre à ce que les efforts de recherche ne soient pas à la hauteur des espérances. Peu importe, car en Allemagne à l’instar de la plupart des pays, occidentaux ou non, les politiques ne sont jamais responsables de leurs mauvais choix et par conséquent du gaspillage des fonds publics dont ils sont à l’origine. Que représentent deux cent millions d’euros pour un pays qui bat tous le records à l’exportation. Les cent chercheurs appelés à protéger leurs concitoyens et leurs dirigeants ne risqueront ni chômage, ni sanction si leurs cerveaux ne fonctionnent pas à la même vitesse que celle des hackers. H.Seehoffer et U.von der Leyen ont pris les devants et d’emblée précisé que l’agence ne sera pas directement opérationnelle, son rôle étant de réaliser une synthèse sur les innovations à plus fort potentiel en matière de protection. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement fédéral souhaite prendre ses distances à l’égard d’une bureaucratie qui est généralement de règle dans ce genre d’initiatives. Il envisage, pour éviter cet écueil, de recourir à la sous-traitance et au capital-risque. Pour ce faire, il souhaite « innover » en prenant comme référence un organisme né il y a 60 ans ( !), en l’occurrence la DARPA – américaine (Defense Advanced Projects Agency), créée en 1957 en réponse aux avancées soviétiques en matière de conquête spatiale. Au cours des six dernières décennies, la DARPA a poursuivi ses activités et ses recherches et a joué ainsi un rôle prépondérant dans la vulgarisation mondiale d’Internet. Les Allemands ont la conscience et l’intelligence de leur humilité en reconnaissant que les USA sont à l’origine du Net, du GPS et de la reconnaissance vocale sur les applications mobiles. Ursula von der Leyen n’a pas tari d’éloges sur les capacités américaines en matière de défense. La Cyber-Agentur sera un organisme 100% fédéral. Le budget qui lui est alloué est jugé suffisant pour le lancement mais il est prévu qu’il monte en puissance d’année en année. Les autres pays européens vont –ils prendre la même décision et créé séparément des structures chargées de les protéger. La logique voudrait qu’une seule et même entité opère sur l’ensemble du continent. Ce serait un conséquence logique de la création de l’espace Schengen. Par ailleurs, une interrogation plane sur les objectifs réels de l’agence, à savoir si elle va ou non se limiter à la prévention des attaques. Si tel n’était pas le cas, elle serait alors la première arme officielle de la guerre dans l’espace numérique. vjp

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