Roumanie : les mauvaises nouvelles s’enchaînent et se ressemblent

Tudorei Toader, Ministre roumain de la Justice et adversaire du Président de la République

Roumanie – Dans le sud-est de la Roumanie, les animaux d’élevages sont victimes de la peste d’Afrique, une maladie contagieuse qui obligent les éleveurs à abattre leur bétail. Ce massacre qui aurait pu être évité si des contrôles rigoureux avaient été mis en place, le ministre PSD (Parti Social-démocrate) de l’agriculture, Petre Daea, a été le premier à s’en émouvoir mais n’a rien trouvé de mieux que de le comparer à l’holocauste. Faire une tel amalgame a naturellement provoqué l’ire de l’ambassadeur d’Israël en poste à Bucarest, qui, en bon diplomate s’est dit « consterné et déçu » par de tels propos. Le président du PSD, le douteux Liviu Dragnea, s’est également offusqué du commentaire de son collègue mais s’est toutefois gardé d’évoquer sa démission. Au nom du parti, il s’est excusé auprès de la Communauté juive et a adressé un simple conseil au ministre, lequel devant, à l’avenir, peser ses mots avant de s’exprimer.  Le même jour, alors qu’elle était en visite officielle au Monténégro, la 1ère Ministre Vasilica Viorica Dancila, femme de paille de Dragnea, n’a rien trouvé de mieux que de confondre la capitale, Podgorica,  de ce petit pays qui aimerait rejoindre l’Union Européenne, avec Pristina, capitale du Kosovo. Ludovic Orban, président du parti libéral, formation opposée à la coalition au pouvoir, a immédiatement demandé au douteux Dragnea de ne plus laisser voyager seule une tête du gouvernement qui, par ignorance, « dynamite les relations internationales ». Après l’agriculture et les affaires étrangères, passons à la justice et à son ministre, Tudorei Toader qui, en ce samedi noir du 28 juillet, a annoncé qu’il s’opposait, en bloc,  à la candidature des quatre personnes qui s’étaient proposées à la succession de Laura Köwesi, ancienne dirigeante de la DNA, organisme de lutte contre la corruption. Depuis des mois, le Garde des Sceaux utilise toutes les astuces que la Constitution lui autorise, pour discréditer la résistance que manifeste le Président de la République, Klaus Johannis, à l’égard de la corruption organisée au sommet de l’Etat. Il était hors de question pour T.Toader qu’il acceptât l’un ou l’une des anciens collaborateurs collaboratrices de Köwesi, une femme qui, pendant de nombreuses années n’a pas craint d’envoyer  des membres influents du pouvoir derrière les barreaux. Le ministre n’hésite pas, au nez et à la barbe des institutions européennes, à franchir la ligne jaune mais aussi de la presse qui ne cesse de dénoncer la politisation d’un organisme qui ne peut être efficace que si son indépendance est garantie.

Les médecins, premiers candidats à l’émigration

De ce système qui légitime la corruption, les Roumains n’en veulent plus, ce qui nous amène à la plus perverse et dangereuse « mauvaise nouvelle », en l’occurrence la fuite des cerveaux à l’étranger. Que cette migration forcée soit dangereuse à moyen et long termes est déplorable, qu’elle le soit à court terme est dramatique. Ce qui inquiète au plus haut point les Roumains, est le départ volontaire de milliers de médecins. Cette désertion ne date pas d’aujourd’hui car elle avait déjà connu une progression de 650% (!) entre 2000 et 2013. Au cours de ces treize années, ce ne sont pas moins de 14.000 médecins qui sont allés assumer leur vocation à l’extérieur des frontières. Ils sont partis parce qu’ils sont sous-payés par rapport au temps qu’ils consacrent à leur métier, mais aussi parce qu’ils travaillent dans des conditions inacceptables,  souvent pires qu’elles ne l’étaient sous Ceaucescu. Mais, triste réalité, en émigrant, ils restent fidèles à leurs patients qui, eux-aussi, n’ont eu d’autre choix que d’aller voir ce qui se passe à l’étranger. 20,6% de la population active dont un quart de diplômés vivent et travaillent en dehors du pays. Conséquence directe de ce phénomène qui s’est naturellement intensifié avec l’entrée dans l’Union Européenne et qui touche le pays voisin qu’est la Bulagrie, les pôles économiques et industriels du pays dont Bucarest, Klausenburg, Jassy et Timisoara manquent cruellement de personnel qualifié. Plutôt que de cautionner l’arrivée de nouveaux membres dans la famille européenne, les commissaires de Bruxelles devraient longuement s’interroger à savoir si l’intégration garantit ou met en péril l’équilibre européen. Les exemples roumain et bulgare confirment la seconde de ces hypothèses. C’est sans aucun doute le sujet le plus sensible sur lequel les candidats aux élections européennes devront se pencher. La question, la vraie, est en effet de savoir s’il est utile que les Albanais, les Monténégrins, les Kosovars, les Serbes et qui d’autres encore, intègrent la famille européenne si les géniteurs de cette dernière ne sont pas en mesure de les nourrir, de les éduquer et de les protéger ? vjp

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