Nouveau vent de révolte en Roumanie

Viorica Dancila: 1ère ministre ou femme de paille ?

Roumanie/UE – De toutes parts, un vent de révolte a soufflé sur la République des Carpates le week-end dernier. Si la Roumanie rurale a été épargnée par les mouvements de contestation, en revanche toutes les villes universitaires (Bucarest, Timisoara, Klausenburg, Kronstadt et Jassy) ont vu se multiplier les manifestations. Samedi dernier, les téléspectateurs roumains ont assisté, en direct sur leurs écrans, à un spectacle vivant dont ils pensaient qu’il appartenait au passé. Des milliers de personnes ont défilé dans les rues car elle n’acceptent plus les méthodes douteuses de la coalition au pouvoir qu’elles assimilent davantage à celles de l’ex-dictateur Ceaucescu qu’à la Charte des Droits de l’Homme. Lorsque la presse occidentale condamne le populisme en Europe Centrale, elle focalise son regard sur la Pologne, la Hongrie et les propos et gestes provocateurs du président ultraconservateur et xénophobe tchèque, Milos Zeman, mais elle oublie la Roumanie, comme si ce pays , qui parle une langue plus proche du latin que du slave , était blanchi de tout soupçon.  Or, il n’en est rien car les dirigeants roumains s’expriment dans un langage que plus personne ne comprend. De tous les pays du centre de l’Europe, la Roumanie est celui où les séquelles du communisme sont les plus visibles, à tel point qu’on peut se demander  si le gouvernement en place ne cherche pas à réinstaurer un modèle de société fondé sur une mise au pas systématique et savamment organisée de la population. Les slogans qui étaient un vibrant et émouvant  appel à l’Europe résumaient le sentiment qui règne dans l’esprit des jeunes générations. « Nous voulons  l’Europe et non une dictature ! », « Démission ! », « Gouvernement d’analphabètes ! » , « A bas ce gouvernement de menteurs », « Nous ne voulons pas être dirigés par des voleurs » et enfin, le plus violent car le plus lapidaire et le plus réaliste, celui adressé au Parti Social Démocrate , présidé par la 1ère Ministre en fonction, Viorica Dancila : « PSD : la peste rouge ! ». Le seul homme en mesure de tenter une difficile unité nationale est le président de la République, Klaus Johannis ; lequel fait l’objet d’une telle cabale que beaucoup s’interrogent, à savoir s’il pourra encore longtemps tenir la barre du navire.  Depuis des années, les deux formations actuellement au pouvoir, le PSD et l’ALDE (Alliance des Libéraux et Démocrates ) cherchent à le déstabiliser en proposant des réformes dont ils savent pertinemment qu’il s’y opposera. Lorsque les dirigeants polonais ont eu l’intention de remettre en question la loi autorisant les avortements, les députés PSD roumains , Titus Corlatean et Ovidiv Dontu, imaginèrent aussitôt un référendum sur  la famille. Les deux acolytes  allèrent tellement loin dans leurs propositions que les dirigeants du parti en personne s’y opposèrent se ralliant ainsi au Président de la République qui, de toute façon, voyait d’un mauvais oeil  une initiative qui, en cas de succès, aurait marginalisé des pans entiers de la population. Cette consultation « Coalition pour la famille » excluait en effet tous ceux qui souhaitent organiser leur vie en dehors du couple homme-femme. Un schéma traditionaliste qui séduisit naturellement les trois millions de catholiques orthodoxes dont la pression n’a pas été suffisante pur que le duo de choc parvienne à ses fins. Chaque semaine, des parlementaires et des ministres, tous zélés, créent l’actualité en remettent en cause le travail et les missions de toutes celles et ceux qui se battent au quotidien pour que le pays puisse redevenir une démocratie.  Dans cette chasse aux sorcières, la directrice de la DNA, organisme de lutte contre la corruption, Laura Kovesi, figure au premier rang des personnes à abattre. Soutenue par le chef de l’Etat, elle n’a pas hésité à envoyer de nombreux hommes politiques derrière les barreaux et les Français seraient probablement ravis d’avoir une personnalité de cette trempe en faire de même chez eux. Qu’ils aient été membres du Parlement, ministres, haut-magistrats ou haut-fonctionnaires, pour Laura Kovesi, un délit reste un délit  et il n’est pas question que la justice soit à deux vitesses. Etant donné qu’elle opère  sur un territoire où la corruption est un mode de gestion permanent, il va sans dire que la dame a du pain sur la planche. Que la vie serait plus belle, si elle est disparaissait de la circulation ! Le 30 mai prochain, le ministre de la Justice, Tudorel  Toader, qui lui reproche d’abuser de sa position, va décider de son sort. Elle devrait pouvoir compter sur le soutien de Klaus Johannis qui a déjà donné le ton en commentant  les manifestations du week-end dernier. Il a apporté de l’eau pure au moulin des manifestants en déclarant qu’il était temps que « l’exécutif remette les deux pieds sur terre. » Selon le chef de l’Etat, au train où se déroulent les événements, ce gouvernement « dilettante, anti-européen, populiste  et incompétent prend le risque d’être exclu de l’Union Européenne. » Sur l’antenne de la chaîne Antena 3, le secrétaire général du PSD, a illico réagi en accusant Klaus Johannis « d’atteinte à la sécurité de l’Etat ». Peut-faisait-il allusion à la Securitat de Ceaucescu ! vjp

A nos lecteurs : Notre site a commenté au cours des trois dernières les nombreux mouvements de contestation qui ont eu lieu en Roumanie et publié plusieurs articles sur le DNA. Ces textes sont disponibles dans nos archives à partir de notre moteur de recherche sur la rubrique « pays » et sous-rubrique « Roumanie ». La rédaction de www.pg5i.eu travaille actuellement sur une série d’articles concernant les ressortissants roumains à l’étranger et plus particulièrement sur le mépris  dont est victime la communauté Rom, qui ne serait vraisemblablement pas autant généralisé si les dirigeants siégeant à Bucarest levaient, ne serait-ce que le petit doigt, plutôt que d’utiliser les fonds européens à des fins personnelles. 

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