La gestion du travail au cœur de l’avenir européen

Autriche/France/Norvège/UE – S’il est un domaine que l’Union Européenne n’est pas parvenue à gérer de manière rationnelle, c’est bel et bien celui du temps travail négocié par les salariés avec le patronat. L’UE a échoué car elle n’a pas pu mobiliser les partenaires sociaux et les convaincre qu’une Europe ne peut être égalitaire si des distorsions  salariales sont autorisées dans certaines branches et certains pays. Le sujet est d’actualité en Autriche, où le gouvernement s’apprête à adopter une réforme du code du travail qui autorisera les employeurs à faire travailler leurs salariés douze heures par jour. C’est justement grâce à la Commission Européenne que les états-majors du pays ont pu argumenter. En effet, les technocrates de Bruxelles avaient trouvé la parade en ne parlant plus du temps de travail mais du temps de repos. Etant donné que les spécialistes du sommeil et du bien-être physique et moral ont décrété qu’onze heures par jour suffisent à protéger la santé, les employeurs sont partis du principe, contestable mais logique, qu’il n’y a, par conséquent, aucun inconvénient à ce que des personnes puissent œuvrer treize heures par jour.

De 35 à 80 heures par semaine !

Chaîne de montage de Mercedes à Graz en Autriche : des salariés qui pourront travailler jusqu’à douze heures par jour, si les commandes l’exigent.

Sans atteindre un degré de contestation aussi élevé qu’en France, la loi autrichienne a suscité néanmoins de vives discussions et controverses entre syndicats et patronat, arbitrées par des hommes politiques divisés par tradition davantage que par conviction. Les divers débats ont eu l’avantage de faire le point non pas sur le temps de travail mais sur celui passé à dormir, sommeiller ou papoter dans les couloirs avec ses collègues. Cette donnée statistique ne manquera pas d’intéresser les Chinois, qui n’ont rien à craindre de leurs concurrents européens. Ces derniers sont parvenus en effet à une certain unité dans le secteur de la pause. Dix neuf des vingt-sept pays de l’UE respectent les onze heures de repos, les autres territoires s’en autorisant une de plus. Beaucoup moins transparentes et uniformes sont les données concernant le temps de travail journalier autorisé. Selon l’agence européenne pour l’emploi et les conditions de travail, il est de huit heures cinq jours par semaine dans la plupart des pays mais compte tenu des heures supplémentaires, il peut allègrement atteindre de  douze à treize heures . Fixé à dix heures en Bulgarie, Allemagne, Slovénie et au Portugal et Luxembourg, il va passer à douze heures en Autriche. C’est en Belgique et en France que le temps légal de travail hebdomadaire avec respectivement 38 et 35 heures est le plus bas. La logique voudrait que plus le monde du travail se numérise et se robotise, plus le temps consacré au travail se réduise, or c’est l’inverse qui se produit. Bien qu’il ne fasse pas partie de l’Union Européenne, il est intéressant de comparer les statistiques de la Norvège où les salariés sont autorisés à travailler jusqu’à seize par jour (80 par semaine) avec celles de la France où légalement il n’est pas possible d’imposer plus de sept heures par jour, à moins de recourir aux heures supplémentaires ce qui entraîne des charges administratives supplémentaires.  La réalité est sans appel, alors que le pays scandinave se positionnait en 2017, à l’échelon mondial, en 4è position sur l’échelle du produit intérieur brut par habitant (79.941 US $), la France se trouve à la 23è place avec un BIP par habitant inférieur de 50% à 39.869 US$. Aussi brutales soient-elles pour les partisans d’une diminution progressive du temps de travail, toutes les données prouvent que, moins on travaille et plus on s’appauvrit. A cet égard, les chiffres concernant le marché de l’emploi sont éloquentes. Entre 2008 et 2018, le nombre de chômeurs scandinaves n’a jamais atteint les 5% de la population active. Le nombre de chômeurs français, en revanche, n’a que rarement, sur la même période,  pu descendre en dessous des 9%. La fédération autrichienne des syndicats de salariés (ÖGB / Österreichischer GewerschaftsBund) est consciente qu’une réforme du code du travail est incontournable à une époque où le contexte international l’impose, mais elle réclame néanmoins davantage de compréhension de la part du patronat. Si elle accepte le principe de la légalisation des heures supplémentaires, celle-ci devrait être néanmoins compensée par des augmentations significatives des salaires. C’est sur ce front que s’apprête à se battre l’ÖGB, laquelle  souhaite que des négociations soient engagées au plus vite avec les organisations patronales. Cet esprit de dialogue s’est déjà manifesté en Haute-Autriche où des accords de branche ont été signés par  182 comités d’entreprise sur 300 consultés. Si certains observateurs n’excluent pas l’organisation de grèves et de manifestations, une forte majorité d’Autrichiens est convaincue que la nouvelle coalition au pouvoir, qui avait fait de la réforme du travail le second fer de lance de sa campagne après la cirse migratoire, n’a plus de raison de faire machine arrière. vjp & gs

 

 

 

 

 

 

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