Impossible n’est pas Hongrois !

Hongrie/UE – Considérant avoir accompli sa mission, Zoltan Balog, ministre hongrois des affaires sociales et fidèle conseiller du ministre-président, Viktor Orban, a décidé de renoncer à ce poste, le plus important après celui de chef de gouvernement, pour se consacrer à la « Fondation pour une Hongrie Citoyenne », une structure qui va lui permettre d’internationaliser des projets qui lui tiennent à cœur, dont la reconnaissance de la culture Rom dans la société européenne.

Un homme de conviction

Balog Zoltán

L’homme n’a jamais été un ministre comme les autres, à l’échelon national, encore davantage à l’échelon européen. Aujourd’hui âgé de 60 ans, il a été mécanicien pour financer ses études en auditeur libre et à distance auprès de l’église protestante unifiée de Berlin-Est, puis concierge au centre social catholique de Hosszuhetény, un bourg très touristique situé dans le sud-ouest de la Hongrie à proximité de la frontière serbe. En 1980, à l’âge de 22 ans, Zoltan Balog, commence des études de théologie à l’Université Réformée de Debrecen qu’il poursuivra à la non moins célèbre faculté Martin Luther de Halle-Wittenberg. En 1983, il achève son pastorat à l’Académie Réformée de Budapest avant de reprendre ses études à l’Université de Tübingen. En 1989, la carrière de Zoltan Balog prend un tournant en devenant autant sociale que religieuse. Sa connaissance parfaite de la culture et de la langue allemandes le prédispose à devenir pasteur au centre de réfugiés de Csilleberc mis en place par les Hongrois pour accueillir les premiers migrants de l’ex République Démocratique Allemande. On ne peut comprendre la position des pays d’Europe Centrale à l’égard de la crise migratoire actuelle, si on oublie que ces pays et surtout la Hongrie, ont été les premiers, voire les seuls, à accueillir ceux qui, avant la Chute du Mur de Berlin, avaient eu le courage de quitter au péril de leur vie, le régime de l’ex-RDA. L’ancien Chancelier Helmut Kohl leur en a toujours été reconnaissant et c’est d’ailleurs avec Viktor Orban que le prédécesseur d’Angela Merkel a tenu à s’exprimer une dernière fois publiquement avant de nous quitter. Ce sont ces relations quasi filiales entre ces deux hommes que Zoltan Balog décrit dans une interview qu’il a accordée la semaine dernière à l’hebdomadaire de langue allemande « Budapester Zeitung ». Dans ce long entretien, Zoltan Balog donne une leçon d’humilité, celle qui consiste pour un homme politique à savoir s’arrêter au bon moment plutôt que s’accrocher à un poste qui nécessite un renouvellement pour accompagner  l’évolution de la société. Zoltan Balog n’est pas, en réalité un ministre des « affaires sociales » mais un ministre des « ressources humaines ». A une époque où la plupart des hommes politiques sont ou ont été, de près ou de loin, en Hongrie et ailleurs,  impliqués dans des affaires plus ou moins louches, le terme de « ressources » semble évidemment mieux approprié et l’homme dont il est ici question tient à cette subtilité de langage comme à la prunelle de ses yeux. Il a été le compagnon de route de Viktor Orban bien avant que celui-ci n’accède au pouvoir, il a été à la tête d’un ministère d’autant plus sensible qu’il employait plus de 2.700 personnes sous les ordres desquels travaillaient plus de 400.000 fonctionnaires en charge de l’avenir de près de 10 millions de citoyens contraints de s’adapter aux standards occidentaux. Quel ministre des affaires sociales français aurait pu accomplir une mission aussi délicate sans faire descendre des centaines milliers de personnes dans les rues ? Probablement aucun. Avec la bénédiction de Viktor Orban, Zoltan Balog a inscrit la famille, l’éducation et la santé au cœur de ses réformes. Mais il a dû en priorité réparer les séquelles de la tutelle soviétique. Ainsi, lorsqu’il est entré en fonction, personne ne connaissait le nombre exact de médecins et de professeurs en activité dans le pays car beaucoup d’entre eux exerçaient auparavant plusieurs métiers, ce qui excluait toute perspective de carrière pour les personnes concernées, encore moins toute politique rationnelle de réinsertion.

Les séquelles du Traité du Trianon

Ce que les détracteurs de Viktor Orban oublient ou feignent d’oublier, est la réalité du pays lorsqu’il en a pris les rênes en 2010. A l’instar de tous les autres territoires d’Europe Centrale, la Hongrie venait de vivre le passage brutal au libéralisme de manière anarchique car tous sont constitués de minorités, nées du morcellement de l’empire austro-hongrois. « Viktor Orban, déclare l’ancien ministre des ressources humaines, est fermement convaincu qu’on ne peut pas mener de politique étrangère à l’échelon européen si on ne comprend pas l’histoire européenne des quatre derniers siècles. » Zoltan Balog a toujours été fasciné par la soif de culture du ministre-président dont il est prouvé qu’il ne dort pas plus de quatre heures par nuit. Deux fois par an, il remet personnellement à ses ministres des dizaines de livres qui l’ont marqué et dont il recommande la lecture parce qu’il est persuadé qu’on ne construit pas l’avenir en oubliant le passé. Les auteurs qu’il apprécie , Frank Furedi, Douglas Murray, ou Gyula Kornis ont tous un point commun : il n’est de civilisation sans respect des nations. Il est fort à parier qu’en occident, aucun président de la République  encore moins un chef de gouvernement  ait conseillé à l’un de ses ministres de se plonger dans l’ouvrage publié par le philosophe Jürgen Habermas et le Pape Benoît XVI  sur la   « Dialectique de la sécularisation » !  Orban l’a fait et s’en est longuement entretenu avec Helmut Kohl car, tous deux,  sont ou étaient  des chrétiens, démocrates et fiers de l’être. Le chef de l’exécutif hongrois se fait un devoir d’écrire lui-même les discours ayant trait à l’état actuel de la Nation hongroise et « au cours des deux jours précédant sa montée à la tribune, il est impossible de le joindre ». Zoltan Belog s’inscrit en faux contre les accusations de « dictateur » portées à l’encontre de Viktor Orban.  Alors qu’en Allemagne, rappelle-t-il, « il est fréquent qu’un conseil des ministres ne dure qu’ à peine une heure, en Hongrie , il est extrêmement rare  qu’il ne s’achève avant quatre, six ou dix  heures de discussions et de compromis ». Porter des jugements hâtifs sur la Hongrie,  c’est oublier la mosaïque de peuples, de religions et d’origines qui la composent, c’est oublier qu’en 1920, à l’issue du Traité du Trianon c’est-à-dire en l’espace de 48 heures, le pays a perdu plus de la moitié de sa population. De ce traumatisme, toujours présent dans la mémoire collective, les Hongrois ne se sont jamais remis. Le « miracle » de Viktor Orban est d’avoir compris et su gérer les conséquences d’une histoire que les occidentaux préfèrent oublier. Si Helmut Kohl est autant vénéré sur les rives du Danube, c’est parce qu’il est considéré comme le véritable héritier de Konrad Adenauer qui voulait construire l’Europe sans pour autant l’imposer comme deuxième patrie. A ce jour, il est question de rebâtir l’édifice en y accueillant  des populations qui y arrivent de manière forcée et non volontaire ce qui est, irrémédiablement, un frein  à l’intégration. Si, Zoltan Balog s’est penché dès sa prise de fonction sur le sort de la communauté Rom, ce n’est pas seulement par pitié ou empathie mais c’est parce que cette population prouve à quel point la promiscuité est difficile. Faire accepter les différences de mœurs, de coutumes qui, toutes, sans exception,  tirent leurs origines de religions est un défi qui n’a été, jadis, et n’est relevé, aujourd’hui,  qu’au prix de persécutions et de destructions massives de populations dérangeantes.

Oublier le « boulet »

Le rôle des politiques est de comprendre et surtout de faire accepter cette réalité. Dans cet esprit, Zoltan Balog est un homme isolé qui ose s’atteler à une problématique, celle des Rom,  sur laquelle peu d’hommes politiques osent  se pencher. Pour mener à bien sa mission, il n’avait d’autre choix que de s’éloigner d’un pouvoir central qui continuera à l’écouter sans s’en servir d’alibi. En présidant la « Fondation pour une Hongrie Citoyenne », Zoltan Balog va faire en sorte qu’aux yeux des Hongrois, les Roms deviennent des citoyens comme les autres. Grâce à la réorganisation des universités qu’il a entreprise dès sa prise de fonction, le nombre d’étudiants d’origine Rom a doublé en l’espace d’à peine une décennie. Grâce à l’implication des églises protestante et catholique, des internats ont été ouverts et réservés aux collégiens et lycéens Rom. En France, on qualifierait cette initiative de « ghettoïsation des minorités », en Hongrie, on préfère parler « d’harmonisation des structures sociales ».   Dans la plupart des pays où les Rom sont encore persécutés, le plus souvent par des groupes marginaux de la société, comme ce fut le cas récemment en Ukraine, la majorité des personnes observent et demeurent indifférentes, comme si pour elles,  ces « gens là » étaient tout simplement nés pour mendier et rester pauvres . Cette acceptation de la fatalité n’est plus acceptable dans un monde qui se dit civilisé. Pour trouver une solution à l’égard de la communauté Rom, il ne suffit pas de garantir les soins à ses membres, de les éduquer puis de les former à l’apprentissage d’un métier, y compris parmi les professions les plus  nobles, il faut comprendre sa culture et son histoire.  Longtemps accusée d’entraves aux Droits de l’Homme et de mépris à l’égard des minorités, les gouvernements successifs de Viktor Orban se devaient de réagir. Ils l’ont fait en confiant le dossier des Roms à un homme au dessus de tout soupçon qui a tout prévu pour que son action soit pérenne. Ce dont Z.Balog est le plus fier est le centre de la culture Rom. La première pierre de cet édifice, situé dans le 8è arrondissement, cœur historique de la capitale, a été posée en mars dernier et son inauguration est programmée au printemps 2019. Lieu de rencontres destiné à prouver que les Roms n’ont pas toujours été que des « voleurs de poules » mais qu’ils pouvaient être aussi des créateurs et des penseurs de génie. De cette communauté, on ne connaît que quelques figures emblématiques qui, le plus souvent, ont caché leur origine pour ne pas être victimes de préjugés et de clichés. Le centre culturel Rom de Budapest doit prouver que les Roms peuvent faire autre chose que jouer de la guitare, du violon ou de l’accordéon. Il va sans dire qu’il sera aussi un lieu de mémoire en hommage aux milliers d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont été les premiers à être persécutés et à subir, dans des camps, l’humiliation d’ignobles expériences médicales. Les tentatives d’intégration de la communauté Rom dans les sociétés sont intéressantes à observer car elles sont révélatrices  des difficultés à construire de manière concertée une Europe effectivement démocratique et égalitaire. A priori,  cette population nomade,  originaire de plusieurs pays et, disposée ou contrainte, à s’installer, durablement ou temporairement, sur tous les territoires devrait servir de terrain d’expérimentation. Et la logique voudrait que celui ou celle qui parvient à insérer un Rom dans la société est capable d’en faire de même avec tous ceux qui sont en situation de précarité, qu’ils soient autochtones ou étrangers. Or, c’est tout l’inverse qui se produit, notamment en France, où depuis des années, il est pondu des rapports pleins de bonnes intentions auxquels il n’est donné aucune suite. Il en va des gens du voyage comme des jeunes gens français au chômage mais aussi des ressortissants d’Europe Centrale et Orientale qui, bien que n’étant pas Roms, sont assimilés comme tels. Ces trois catégories de population en profonde détresse ont un point en commun : personne ne connaît avec exactitude leur nombre et toutes trois sont dépendantes du bon vouloir de collectivités territoriales qui compensent leur impuissance face à l’immigration et à la montée du chômage par le recrutement massif de personnes la plupart du temps incompétentes car non formées à ce genre inédit de missions. Vital-Joseph Philibert  (Source : Budapester Zeitung & pg5i)

(Nombre de mots : 1992)

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