Crise migratoire : le controversé Gauweiler s’immisce dans le débat

Peter Gauweiler

Allemagne – Peter Gauweiler, ancien membre influent de l’Union Sociale Chrétienne (CSU) a pris position sur les causes de la crise migratoire. Même s’il ne fait jamais l’unanimité lorsqu’il s’exprime, ses points de vue sont toujours écoutés car cet avocat perspicace, sait sortir des sentiers battus quitte à déstabiliser l’ensemble de la classe politique. P. Gauweiler a beau ne plus faire partie officiellement de la CSU , il en demeure l’un des porte-paroles les plus lucides. A l’entendre, on a l’impression de revenir aux grandes heures de  l’Histoire allemande, lorsque le pays était de premier plan confrontée à la guerre froide, cette époque où Franz-Josef Strauss, le « taureau bavarois » faisait la pluie et le beau temps dans le ciel de Chanceliers qui n’auraient pu accéder à la fonction suprême sans sa bénédiction. Sur les cinq chanceliers CDU qui ont occupé le poste depuis la création de la RFA, aucun n’a pu se dispenser de l’aval de la CSU. Ce parti qui gouverne sans relâche un land presque aussi grand en superficie que l’Autriche mais dont le nombre d’habitants est 33% plus élevé, défend le couleurs d’une région identifiable à une nation et qui, à ce titre, pourrait revendiquer son indépendance. Elle ne le fait pas car tout Bavarois est conscient que faire scission aurait plus d’inconvénients que d’avantages. Et pourquoi  en viendrait-elle  à une telle extrémité puisqu’elle a des porte-voix qui disent tout haut ce que beaucoup d’Allemands, de nord au sud, d’est en ouest pensent la même chose qu’eux ? Et Peter Gauweiler de faire partie de cette caste dérangeante qui, profession oblige, préfère chercher les coupables plutôt que d’affliger les innocents. Il a publié aujourd’hui une longue tribune dans le quotidien économique « Handelsblatt » .

Se battre contre la fatalité politique

Il commence fort en rappelant que « l’Allemagne a accueilli plus de réfugiés que l’ensemble des vingt-sept pays de la Communauté Européenne » et en étayant son propos de chiffres qui « révèlent que 230 réfugiés au kilomètre carré vivent aujourd’hui  en Allemagne, alors qu’ils ne sont que 103 en France. » Par ailleurs, ajoute-t-il « sur les 722.370 demandeurs d’asile en 2016, plus de la moitié ne relevait par de la Convention de Genève. Seuls 2.120 migrants ont obtenu régulièrement le droit d’asile, soit 0,3% ». Pour l’auteur de cette très libre tribune, « toutes les interventions militaires de l’Occident ont contribué à faire prospérer la misère, provoqué l’émergence de l’Etat Islamiste, encouragé le terrorisme et causé une crise migratoire séculaire. » Cet observateur très lucide face à l’actualité ne croit pas aux mesures que s’apprêtent à prendre les ministres de l’intérieur et de la justice et qui consistent à protéger davantage les frontières et à augmenter le nombre de caméras de vidéosurveillance. A leur adresse, il lance : « Ne vous faites pas d’illusion. En France, un homme dangereux avec un bracelet électronique a pu tuer un prêtre » et leur rappelle que « si les lois existantes avaient été respectées à la lettre, l’attentat de Berlin aurait pu être évité ». Curieusement, et c’est sur ce point l’originalité de la tribune, l’avocat-politicien plaide davantage pour des efforts d’intégration que pour le renforcement du cadre sécuritaire. Là encore, il argumente avec chiffres à l’appui. « Sur les 1,3 millions de réfugiés , plus de 800.000 ne répondent pas aux critères de Genève et 200.000 n’ont pas l’autorisation de  travailler » et comparant cette dernière donnée à « la population d’une ville comme Würzburg », il assène :  « nous entretenons un camp d’oisifs ». Selon P.Gauweiler,  il est indispensable de mettre urgemment les réfugiés au travail, car c’est le seul moyen d’éviter les tensions et de les faire accepter par la population . Par ailleurs, beaucoup de migrants ne demandent qu’à travailler car ils ont mauvaise conscience de vivre sur le dos de la collectivité. Et d’en appeler au Bund, aux lands et aux collectivités territoriales pour qu’ensemble ils mettent un plan d’intégration en y associant la Croix Rouge, les associations humanitaires et tous les organismes agissant techniquement pour l’amélioration de la société à l’instar des associations de protection de l’environnement. Si le besoin s’en faisait sentir, le recours à l’armée pourrait être in fine envisagé. Une telle initiative « permettrait de savoir réellement qui souhaite collaborer avec l’Allemagne, et qui s’y refuse. »  Si Peter Gauweiler a choisi un support de presse économique pour populariser sa position, c’est parce qu’il est persuadé que la plupart des chefs d’entreprise est sur la même longueur d’onde que lui. Il semble ne plus se faire beaucoup d’illusion sur la capacité des politiques à régler, seuls, la crise migratoire. Il achève son propos sur les deux candidats, Angela Merkel et Martin Schulz, qui vont s’affronter lors des élections au Bundestag. Blanc bonnet ou bonnet blanc ? Il ne s’interroge plus  lorsqu’il écrit que dans un cas comme dans l’autre, « sur le plan des politiques intérieure et extérieure, on va se retrouver au même point qu’il y a quatre ans » avant de conclure «  c’est contre ça que nous devons nous battre. » vjp

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