Chine : un danger ? Peut-être. Une chance ? Assurément

Autriche/UE/Chine – Il ne se passe de semaine sans que nous n’apprenions qu’un groupe chinois a jeté son dévolu sur une société européenne dont on pensait à tort qu’elle fût intouchable. Même les labels les plus prestigieux, à l’instar de Kuka en Allemagne ou de certains grands crus bordelais en France, n’échappe pas à cette règle qui s’immisce dans le paysage économique mondial et prioritairement européen. Faut-il s’en inquiéter ou n’est-il pas préférable d’analyser cette irrémédiable évolution avec sérénité ? Les Autrichiens penchent pour cette seconde hypothèse et les responsables de leurs groupes les plus emblématiques estiment que l’avancée de l’Empire du Milieu est telle qu’il serait vain de tenter de la contrer.

Peter Mitterbauer, pg de Miba

La réalité sonne comme un coup de semonce et elle est résumée par Peter Mitterbauer, président directeur général du groupe Miba, un des leaders mondiaux dans le secteur des nouvelles technologies industrielles respectueuses de l’environnement. « En 1980, rappelle ce pdg considéré au centre de l’Europe comme l’un des plus chefs d’entreprises les plus brillants de sa génération, l’Europe pesait 30% de l’économie mondiale alors que la Chine peinait à frôler les 2%. Depuis le rapport s’est radicalement inversé, le Vieux Continent a chuté de moitié alors que la Chine a presque décuplé sa participation pour atteindre les 18% ».  A ce rythme, poursuit P.Mitterbauer, il est évident que la Chine, en 2050, « détiendra plus de la moitié des richesses mondiales ».  Plutôt que de tenter en vain de lutter contre cette évidence inéluctable, ce qui relève de la « naïveté », il est préférable d’observer les choses en face. La Chine n’est pas les Etats-Unis et son ambition n’a jamais été d’exporter sa culture et ses traditions. Selon Wolfgang Eger, pdg du groupe voestalpine, il ne faut pas oublier qu’elle n’est pas le seul danger (si danger il y a ?) pour l’Europe car même si les comparaisons sont difficiles à évaluer, le trio Russie, Ukraine et Turquie peut s’avérer à terme un concurrent de taille pour l’économie européenne. Les deux chefs d’entreprise sont également à l’unisson, lorsqu’ils déclarent que « l’Europe doit en finir avec son complexe d’infériorité et s’unir davantage pour appréhender de manière conquérante l’immense  marché chinois », lequel ouvre des perspectives aux entreprises qui auront compris qu’il est toujours préférable de s’allier plutôt que de se battre. Les relations sino-européennes doivent tenir compte des singularités. Selon Jürgen Brandes, président de la filiale DPID chez Siemens (Division Process Industries and Drives), «  les Chinois sont travailleurs, les Européens créatifs mais les deux blocs ont un point commun, ils  sont studieux et appliqués ».  J.Brandes rappelle qu’en un temps record, l’Empire du Milieu a pu, grâce à l’Europe créé 2.000 postes de professeurs spécialisés dans l’Intelligence Artificielle. Une telle performance aurait nécessité sur le Vieux Continent des mois de négociation et des tonnes de paperasse. Les trois personnalités citées dans cet article ont été consultées par l’agence d’informations autrichienne ÖON (Österrichische Nachrichten) qui s’est penchée sur ce préjugé qui tend à faire croire que les Chinois viennent chez nous « pour nous bouffer ». Un stéréotype tenace qui est encore répandu, notamment en France,  aux comptoirs des bistrots de quartier. Il est donc populaire et, à ce titre, les politiques sont obligés de s’en mêler. Aimer des cannibales et de surplus les aider à nous avaler n’est naturellement pas un argument électoral et, par conséquent, tout politicien qui se respecte et qui prétend respecter ses administrés, se doit de réagir. Comment le fait-il ? Non pas en estimant le nombre d’emplois qu’est susceptible de sauver ou de créer le mangeur d’hommes mais en entretenant le cliché ou, lorsqu’une entreprise est leader dans un secteur sensible,  en bloquant purement et simplement l’offre d’achat du gentil et généreux ami chinois qui devient du jour au lendemain un  prédateur habile et pervers. C’est exactement ce que vivent actuellement les Allemands avec le rachat par la Chine, quelques mois après Kuka,  de la société de machines-outils Leifeld Metal Spinning, spécialisée dans l’aérospatiale et le nucléaire.  Le gouvernement d’Angela Merkel s’est opposé à l’acquisition comme il est de règle lorsqu’un investisseur étranger, hors Union Européen, s’arroge 25% des droits de vote. Selon le ministère de l’économie, au delà de ce pourcentage, la sécurité de la République Fédérale serait menacée. Un argument qui fait sourire les observateurs, car on voit mal comment et sous quelle forme  une prise de participation de 25% dans une entreprise de deux cents salariés, pourrait mettre en péril l’indépendance de la 5è puissance économique mondiale.  Jürgen Brandes conseille aux politiques de « privilégier  un nouveau cadre relationnel avec la Chine plutôt que de se contenter de mettre des fonds publics à la disposition de la recherche».  Rachats ou non, prises de participations ou non, cela ne change déjà plus grand-chose pour la Chine, dont le produit intérieur brut va, cette année pour la première fois depuis l’an 2000, passer à 10,7 billions d’euro, soit plus que le PIB de la zone euro (10,3 bil.).  La Chine a longtemps dormi mais le sommeil semble lui avoir porté conseil. vjp

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

error: Content is protected !!