10.000 kilomètres en tuk-tuk pour sauver la planète

Impossible n’est indien !

Allemagne/Inde/France/Royaume- Uni – Ce ne sont pas les discours des experts, scientifiques ou consultants de tout poil venus des quatre coins de la planète qui ont été les plus commentés, lors de la conférence DOAH.AM qui s’est déroulée récemment à Munich. Cette manifestation, dont l’objectif est de présenter les nouvelles technologies vouées à la protection de l’environnement, a en effet permis à Naveen Rabelli, de décrire l’extraordinaire voyage qu’il a entrepris en 2016 avec un tuk-tuk électrique de Bangalore en Inde à Londres, soit un parcours de plus de dix mille kilomètres qu’il n’aurait pu effectuer s’il n’avait pas eu un courage et une détermination dont aucun défenseur de la nature encore moins un ministre de l’écologie se peut de revendiquer.  L’aventure a commencé au début des années 2010, alors que N.Rabelli, ingénieur en électronique avait à peine la trentaine. Las de voir les saris portés par les femmes virer en l’espace de quelques jours voire de quelques heures, à cause de la pollution, d’une blanc immaculé à un  jaune pisseux mais conscient que la situation n’allait pouvoir s’améliorer du jour au lendemain, que ses compatriotes étaient beaucoup trop pauvres pour s’intéresser aux méfaits de l’industrie sur la qualité de l’air,  il décida d’agir, seul, persuadé qu’un acte isolé à souvent davantage d’échos qu’un long discours à la tribune d’une organisation internationale. Sa seule fortune ? Un tuk-tuk, ces véhicules improbables à trois roues dont  les Indiens sont d’autant plus friands qu’ils leur permettent de faire avec, tout et n’importe quoi. On en compte des centaines de millions dans le pays de ces engins qui contribuent à transformer les métropoles en « chambres à gaz », comme les qualifie le ministre en chef de Dehli, Arvind Kejriwal. Ils ne vont pas disparaître du jour au lendemain et, malgré tous les efforts  qu’entreprend le gouvernement pour assainir l’atmosphère,  les tuk-tuks vont faire encore partie pendant des décennies du paysage indien. D’ailleurs, seraient-ils aussi nombreux les touristes si ces tricycles, à l’instar des singes voleurs de bananes, des éléphants parés de dorures et des vaches éternellement sacrées,  venaient à disparaître ?  Si tel était le cas, les écolos occidentaux, donneurs de leçon, seraient les premiers à s’en offusquer.

11 pays traversés en tuk-tuk

Philosophe dans les deux sens du terme

Naveen Rabelli n’est pas seulement réaliste, il est conciliant lorsqu’il loue les solutions que tentent de trouver les politiques pour résoudre les problèmes liés au réchauffement climatique, telle cette interdiction, à partir de 2030, de vendre des voitures autres qu’électriques. Mais cette mesure est davantage symbolique et rassurante qu’elle n’est salvatrice car, d’ici cette date butoir des milliers, des millions de personnes seront mortes prématurément parmi lesquelles, naturellement, les plus jeunes c’est-à-dire celles censées garantir l’avenir du pays. Le message de Rabelli est clair comme de l’eau de roche dans un pays où les fleuves ont la couleur du charbon : les tuk-tuks font tout simplement partie de la vie en société des habitants, à ce titre ils ne doivent pas disparaître de la circulation, il faut tout simplement les adapter aux réalités du présent et aux défis du futur. Naveen est bien plus qu’un technicien de génie, il est plutôt un philosophe dans les deux sens du terme car il ne se contente pas de réfléchir, il sait prendre la vie du bon côté. C’est ce second volet de sa personnalité que retiendront en priorité ceux qui l’ont écouté à Munich. Car il lui en est arrivé des vertes et des pas mûres, à ce héros qui avait su équiper son tuk-tuk de batteries suffisamment autonomes pour avaler ces milliers de kilomètres. Il n’a traversé pas moins de onze pays :  l’Inde, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, la France et l’Angleterre. Quasiment partout, il a été accueilli, hébergé, nourri et encouragé et partout, des âmes charitables l’ont épaulé pour qu’il puisse, recharger ses batteries, au sens propre comme au sens figuré, avant de  poursuivre sa route  et transmettre son message au service de la pureté de l’air. Il a fallu qu’il arrive en France pour vivre son premier grand cauchemar. Après avoir été applaudi sur la Place de l’Etoile, il doit pour répondre à des besoins naturels, abandonner quelques minutes   son  tuk-tuk . Cette « pause pipi » lui a été presque fatale car, de retour des toilettes, il découvre que son véhicule a été vandalisé et ses objets personnels volés.  Plus de passeport, encore moins de visa et voilà ce réfugié inattendu perdu du jour en lendemain en perdition dans la périphérie de la capitale des Droits de l’Homme ! En bon indien résigné, il garde son calme,  prend patience, attend ses nouveaux papiers et profite de cette occasion malencontreusement tombée du ciel pour réparer sa machinerie qui doit lui permettre d’atteindre son objectif. « Il faut savoir s’habituer à ce genre de situation contre lequel on ne peut rien faire » a déclaré N.Rabelli, à Munich, devant un auditoire qui avait du mal à se mettre dans la peau de ce personnage hors du commun. « Ce que j’ai appris au cours de ce voyage , c’est la force de la patience. Cette mésaventure a eu un effet corrosif mais ne m’a pas pour autant détourné de mon but. » Il a attendu ses documents pendant huit jours avant de rejoindre Calais avec une seule batterie d’une autonomie de 25 kilomètres. Le 16 septembre 2016, il était sur les rives de la Tamise pour prouver au monde qu’impossible n’est pas indien ! vjp

 

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